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Forum public sur l’archéologie amateur au Québec

Date : 2 mai 2010

Lieu : Université du Québec à Rimouski, lors du 29e colloque annuel de l’Association des archéologues du Québec

Événement organisé par Adrian Burke et Brad Loewen, professeurs d’archéologie du Département d’anthropologie de l’Université de Montréal, et coordonné par Pierre Desrosiers, Direction du patrimoine et de la muséologie du ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine.

Objectifs du forum public

  • Réunir des archéologues professionnels, des amateurs, des représentants d’organismes qui partagent des préoccupations en matière de recherche, de protection et de diffusion en archéologie québécoise.

Compte-rendu des discussions entourant le volet « terrestre »

Le forum de l’après-midi a réuni une trentaine de personnes de divers milieux : archéologues professionnels, plongeurs, directeurs de musées, représentants d’organismes privés et publics, universitaires et autres personnes intéressées.

Adrian Burke a joué le rôle d’animateur. Il a invité les gens qui travaillent en région à se manifester et à faire valoir la situation qui prévaut chez eux. Il mentionne que les amateurs n’ont pas été faciles à contacter et que sont réunis au forum de l’après-midi principalement des archéologues, des étudiants en archéologie et des représentants de musées et d’organismes régionaux.

  • Gilbert Bossé et sa femme Lise Deschênes ont été les premiers à se faire entendre en mentionnant qu’il serait important de donner des permis aux amateurs comme cela se fait ailleurs.  Au Nouveau-Brunswick il y un projet de loi en cours pour octroyer ce genre de permis amateur.

 

Adrian Burke a proposé de faire un survol régional en commençant avec les observations des gens de la Montérégie, de la Mauricie, du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie et de la Côte-Nord.

  • Michel Gagné, archéologue de la MRC du Haut-Saint-Laurent, a livré un témoignage au cours duquel il a mentionné que la situation qui prévaut dans sa région est particulière puisque les sites se trouvent sur les terres agricoles de plusieurs propriétaires privés. Ces gens-là qu’il connaît bien ne viennent pas à un forum comme celui-ci. En somme, ils sont  inquiets face aux revendications territoriales des autochtones et face à la loi, surtout par crainte d’être exproprié à cause de la valeur du site archéologique ou, encore, de se faire confisquer les collections qu’ils ont recueillies au fil des ans dans leurs champs labourés. Pour les atteindre, il n’hésite pas cependant à les rencontrer et à leur transmettre une brochure didactique qui leur permet d’en apprendre sur l’archéologie régionale, la présence amérindienne sur le territoire et la protection du patrimoine archéologique. Il collabore aussi étroitement avec les groupes amérindiens de la région, notamment Akwesasne, et ce, depuis les tout-débuts sur le site Droulers. Les relations sont excellentes et continuent à se développer notamment avec le nouveau projet d’école de fouille de l’Université de Montréal à Droulers. Il mentionne aussi que plusieurs actions peuvent être amorcées auprès des propriétaires pour les gagner à l’archéologie dont leur intégration dans une approche participative sur le terrain en compagnie des archéologues; cela leur permettrait aussi de devenir des agents de conservation. Il constate que la Loi sur les biens culturels est peu connue et qu’il serait nécessaire de produire une brochure explicative (contenu de la loi, zones à potentiel, quoi faire en cas de découverte, éléments perturbateurs, etc.).  Michel Gagné nous a donné sa présentation dans laquelle il y a plusieurs autres propositions concrètes pour assurer l’intégration du public dans l’archéologie régionale.  Nous allons incorporer ces propositions dans un résumé ultérieur qui proposera des directions à suivre pour l’archéologie publique et amateur au Québec.

  • Amélie Sénécal, archéologue au Complexe archéologique de la Pointe-du-Buisson, affirme que plusieurs gens viennent présenter leurs découvertes sur place. En général, ils veulent savoir ce que c’est, l’âge des pièces et leur valeur monétaire. Plusieurs lui montrent des objets paléontologiques ou des objets archéologiques provenant d’autres pays. Elle reconnaît que certaines personnes ont déjà fait des recherches avec un détecteur de métal à la pointe du Buisson. Selon elle, les gens sont prêts à lui confier les objets et aimeraient avoir une reconnaissance pour leur geste. Elle mentionne aussi qu’elle communique avec le ministère relativement aux découvertes fortuites mais il n’y a pas de suite à ces demandes. Elle suggère qu’on devrait développer une procédure commune pour traiter les découvertes fortuites à l’échelle du Québec et qu’un dépliant devrait être réalisé pour informer les gens et les municipalités sur ce qu’il faut faire lors des découvertes. Elle avance aussi qu’il serait nécessaire d’offrir des formations, des conférences pour sensibiliser davantage le public à la protection du patrimoine archéologique. Enfin, elle propose qu’il y ait des ressources sur le terrain qui veilleraient sur le patrimoine archéologique.

  • Ghislain Raza, président de Patrimoine Trois-Rivières, accompagné de Philippe Charrette. Il souligne qu’il n’y a pas à sa connaissance d’activités archéologiques faites par des amateurs en Mauricie. Il souhaite toutefois réunir et intégrer toutes les sphères intéressées par l’archéologie : organismes, municipalités, gouvernement, archéologues et amateurs. Il aimerait un lien plus tangible entre les archéologues professionnels et le public. Il constate une renaissance d’intérêt vis-à-vis de l’archéologie à Trois-Rivières et souhaiterait le développement d’une archéologie communautaire. Il conçoit que c’est important que la population bénéficie des connaissances acquises par les recherches archéologiques. Il mentionne qu’il y a plusieurs besoins à combler, notamment sur le plan institutionnel et que la publication d’articles en archéologie destinés au public serait nécessaire.

  • Françoise Duguay, archéologue, considère que la Mauricie est une région qui a un fort sentiment d’appartenance; elle souligne l’importance de l’historique de la recherche archéologique dans la région et, principalement, la contribution de René Ribes. Elle réitère le souhait de Ghislain Raza de développer sur place une forme d’archéologie communautaire.  Elle constate une différence importante entre la Mauricie et la région Centre-du-Québec qui selon elle n’a pas de sentiment d’appartenance.  Cette région qui est un peu le produit artificiel de découpage administratif aurait aussi un potentiel archéologique important mais qui est loin d’être exploité.

  • Richard Belzile, directeur du Fort Ingall et président de la Société d’histoire et d’archéologie du Témiscouata, mentionne qu’un amateur fait de la cueillette d’artefacts depuis au moins trois ans dans la région et qu’il dispose d’une bonne collection d’artefacts et d’autres objets probablement naturels. Les questions qui lui sont généralement posées par les gens qui ont des collections sont les mêmes : qu’est-ce que c’est ? quel âge a-t-il ? et combien cela vaut ? Il suggère de réaliser un guide de l’archéologue amateur pour éclairer les amateurs, les encadrer, les informer sur quoi faire, à qui s’adresser (instaurer un service 1-800 archéo), etc. Il considère que les amateurs peuvent contribuer à l’avancement de la science. Il suggère aussi de passer par les écoles pour sensibiliser les jeunes à l’archéologie.

  • Lise Deschênes et Gilbert Bossé, deux historiens amateurs de Price qui connaissent très bien le patrimoine archéologique de leur territoire, affirment être bien démunis pour protéger le patrimoine archéologique de leur localité et sensibiliser leur communauté face à l’archéologie. Ils suggèrent une formation sur place de la population et des municipalités en vue de les sensibiliser à la protection du patrimoine archéologique.

  • Nadia Fillion, agente culturelle du CLD de La Mitis, mentionne que la municipalité de Price a vécu plusieurs frustrations face à l’archéologie sur son territoire et qu’elle comprend mal le rôle qu’elle doit jouer face à la protection de son patrimoine archéologique. Elle considère qu’il faut créer des ponts entre les archéologues, le gouvernement et les municipalités. Entre autres, il faudrait informer les municipalités de l’endroit où sont les sites. Elle suggère que la diffusion de l’information soit entre autres faite par les agents de développement culturels (VVAP) qui sont présents presque dans toutes les MRC du Québec.
  • Michel Goudreau, président de la Société historique Machault (SHM) et directeur du musée local, souligne que la recherche archéologique de terrain ne se fait pas aisément avec les propriétaires de terrain; il serait nécessaire d’avoir un outil officiel qui rassure les propriétaires face à l’expropriation du terrain, à la confiscation des collections archéologiques et aux revendications territoriales des autochtones. Il existe plusieurs amateurs dans la région qui s’adonnent à l’archéologie et qui vont même avec des détecteurs de métal déterrer des artefacts. Un des problèmes qui survient est que la SHM est sollicitée pour conserver les artefacts lorsque le collectionneur ne les veut plus. Le musée considère qu’il a un rôle à jouer dans ces cas là mais il est conscient toutefois que la présence d’objets de la région dans le musée qui ont fait l’objet d’activités illicites demeure problématique. Aussi, la région tombe sous deux juridictions, québécoise et nouveau-brunswickoise, ce qui complique la situation. Enfin, il mentionne aussi que le collectionneur cherche à obtenir une reconnaissance pour sa « contribution ». Il propose que le Québec emboite le pas au Nouveau-Brunswick et instaure un permis pour les archéologues amateurs, c’est du moins ce qui est avancé dans leur nouveau projet de loi no 7
    .
  • Tommy-Simon Pelletier, étudiant en maîtrise à l’Université Laval et chargé de projet sur le site de Mont-Louis sur la côte nord gaspésienne, admet que la situation dans la région est semblable à d’autres régions. Il mentionne que l’archéologie amateur existait durant les années 1970 avec l’abbé Roland Provost mais qu’aujourd’hui il n’y a rien. Il déplore le fait que les gens trouvent des sites, des collections mais ils ne les reconnaissent pas; cela fait que les sites sont détruits et les collections abandonnées. En somme, les gens ignorent ce qu’est le patrimoine
    archéologique et son potentiel. Ils auraient avantage à travailler avec des professionnels et à redécouvrir leur passé.

  • Joëlle Pierre, directrice du Centre Archéo Topo à Bergeronnes, affirme qu’elle adopte un mode de gestion en douceur face à la situation qui l’entoure à Tadoussac et à Bergeronnes. En particulier, la situation est critique puisque la population et le milieu municipal sont hostiles face à tout ce qui concerne l’archéologie, perçue comme une contrainte au développement économique. Elle réitère que chez elle aussi les revendications territoriales autochtones et la signature imminente d’un traité préoccupent beaucoup la population euroquébécoise. Quant à elle, les actions qu’elle a menées auprès du Ministère relativement aux découvertes fortuites sont restées lettre morte; elle souhaite qu’on établisse une procédure à suivre dans le cas des découvertes fortuites. Elle soulève le fait qu’il y a un problème majeur dans les municipalités et que le rôle de l’inspecteur municipal devrait être plus actif pour protéger le patrimoine archéologique local. Elle propose qu’une formation en archéologie soit donnée aux inspecteurs. À l’exemple des politiques culturelles municipales, une politique en archéologie est présentement en élaboration au niveau de la MRC. Elle prétend qu’il est difficile de réprimander les amateurs qui font des activités illicites en archéologie; ce sont les plus intéressés ! Il faut savoir que les collectionneurs contaminent les autres et le problème devient encore plus grand. Pour remédier à la situation, elle suggère que l’image des archéologues soit améliorée (qu’ils soient plus accessibles). Elle souligne enfin qu’un amateur qui a recueilli des artefacts au temps où l’archéologue Gordon Lowther était dans la région (durant les années 1950), vient de lui remettre ses trouvailles.

  • Louis Gilbert, archéologue et membre de la Coop Artefactuel, expose le projet en cours depuis plusieurs années de fouilles ouvertes au public à la Grande Ferme de Saint-Joachim; il y voit une occasion unique de sensibiliser la population à l’archéologie.

  • Françoise Duguay suggère, à l’instar de Richard Belzile, de créer un 1-800-ARCHÉO pour que les gens puissent signaler qu’un site est en voie de destruction. Ce serait utile pour les gens qui craignent d’appeler le Ministère.

  • Manon Savard, professeur d’archéologie à l’Université du Québec à Rimouski, considère que la relation entre les archéologues et les amateurs doit s’améliorer et que présentement ce qui prévaut est une certaine méfiance pour protéger son travail et ses découvertes. Elle questionne le ratio d’un archéologue pour 4 fouilleurs qui ne favorise pas la participation des amateurs.

  • David Laroche, archéologue en lien avec la Corporation Archéo-08 en Abitibi, mentionne qu’on construit des liens forts en région avec les amateurs pour qu’ils signalent leurs découvertes et précisent la localisation des sites archéologiques; les données sur les découvertes sont enregistrées et des visites sont organisées avec les archéologues. Ces données sont essentielles pour la construction d’une histoire culturelle de base pour chaque région.  Cet organisme d’expertise en archéologie qui existe grâce à la volonté du milieu (CRÉ, MRC, Ville, etc.) est un exemple à suivre pour les autres régions du Québec.

 

Adrian Burke résume les propos des participants par les points suivants :

  • Il faudrait concevoir un outil de diffusion, une brochure pour sensibiliser le public mais qui servirait aussi à les rassurer au niveau de leurs droits comme propriétaires;
  • Une formation de base en archéologie serait nécessaire en région et elle devrait probablement inclure une fouille ouverte au public;
  • Il faudrait examiner les avantages et les inconvénients autour de l’émission d’un permis de fouille pour les amateurs;
  • Il serait très utile d’organiser une journée « Apportez vos artefacts » dans les musées, centres d’interprétations ou organismes d’archéologie dans les régions.

Pierre Desrosiers rappelle en conclusion ce que la Loi sur les biens culturels dit relativement à toute activité de recherche sur le terrain (cueillette, détecteur de métal, fouille, etc.) et aux découvertes fortuites : toute activité requiert un permis de recherche archéologique et toute découverte doit être rapportée au Ministère dans les plus brefs délais. (Françoise Duguay renchérit que cela s’applique tout autant aux amateurs qu’aux archéologues !). Cela étant dit, il reconnaît les difficultés d’application de la loi et réitère le besoin de collaborer pour assurer la protection du patrimoine archéologique du Québec – ce qui est l’intention derrière la loi. Il mentionne que le réseau Archéo-Québec vient de recevoir une subvention pour réaliser un guide pour sensibiliser les municipalités au patrimoine archéologique et qu’il devrait s’adresser tout particulièrement aux inspecteurs municipaux. Il suggère que pour traiter les découvertes fortuites et assurer une meilleure protection du patrimoine archéologique, une plus grande collaboration pourrait  s’établir avec des pôles régionaux (musées, organismes ou autres) qui pourraient faire le lien avec les amateurs et la population régionale. Il soulève qu’il est possible pour les archéologues et les amateurs de travailler ensemble, notamment pour exercer des surveillances sur des sites en voie d’érosion ou susceptibles d’être détruits, pour faire des cueillettes sur des sites labourés, etc. Ces activités doivent cependant être encadrées par des archéologues qui ont reçu préalablement un permis à cet effet. Il entrevoit la journée d’accueil pour les amateurs (« Apportez vos découvertes ») comme un projet des plus intéressants à réaliser avec les partenaires habituels (musées et organismes). Il termine aussi en disant que le forum suscite beaucoup d’intérêt et amène le ministère et les archéologues à poursuivre une réflexion de fond.

 

participants

Note : Les organisateurs du forum aimeraient remercier tout particulièrement Manon Savard et Nicolas Beaudry de l’Université du Québec à Rimouski ainsi que tous les étudiants qui ont prêtés main forte au succès du forum. MERCI !

Compte-rendu de Pierre Desrosiers, avec les ajouts de Euchariste Morin et Adrian Burke
10 mai 2010

 

Participants au forum public sur l’archéologie amateur au Québec – volet terrestre

 

Ghyslain Raza

Patrimoine Trois-Rivières

Philippe Charette

Patrimoine Trois-Rivières

Melissa L. Leclerc

Université Laval

Andréanne Couture

Université Laval/AAQ

Euchariste Morin

MCCCF Bas-Saint-Laurent

Richard Belzile

Fort Ingall & SHAT

Amélie Sénécal

Pointe-du-Buisson

Michel Gagné

MRC Haut-Saint-Laurent

Joelle Pierre

Centre Archéo-Topo

Lise Deschenes

Métis sur Mer, Patrimoine métissien

Gilbert R. Bossé

Métis sur Mer, Patrimoine métissien

Michel Goudreau

Société Historique Machault

Jonas Leclerc

Univ. de Montréal, Arkéos, Archéo-08

Isabelle Poitras

Université de Montréal

Hélène-Marie Hegyes

Université de Montréal

Alexandra Laperrière

Institut maritime

Nadia Fillion

CLD de la Mitis

Michaël Ouellet

Commission culturelle de la Mitis

Louis Gilbert

Coll. Lafleche/Artéfactuel coop. de travail

Patrick Eid

Univ. de Montréal/Artéfactuel coop. travail

Tommy Simon Pelletier

Université Laval/Parc et Mer

André Burroughs

Hydro Québec

Pierre Desrosiers

MCCCF Patrimoine

Manon Savard

UQAR

Nicolas Beaudry

UQAR

Adrian L. Burke

Université de Montréal

Claude Kistabish

Université de Montréal

David Laroche

Archéo-08

TOTAL = 28

 



 
                                                                                                   

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