Qu’est-ce que l’archéologie ?

Qu’est-ce que l’archéologie ?

Ancrée au coeur des sciences humaines, l’archéologie est une discipline scientifique dont l’objet d’étude est l’ensemble des vestiges matériels laissés par des individus ou des sociétés humaines, tels des objets, des formes artistiques, des bâtiments ou même des paysages transformés. L’archéologie sert ainsi à reconstituer la vie de nos prédécesseurs et l’évolution de leurs comportements à travers le temps, de la période préhistorique jusqu’à l’époque contemporaine.

L’archéologie utilise une méthodologie qui lui est propre, dont l’application comporte cinq étapes, soit l’étude de potentiel, la prospection (aussi appelée inventaire), la fouille, l’analyse et l’interprétation des données. L’archéologie québécoise s’enrichit aussi des développements techniques réalisés dans plusieurs domaines de recherche comme les sciences de la terre, les sciences appliquées, l’architecture, l’urbanisme, l’ethnologie, l’histoire et la muséologie. L’archéologue dispose ainsi d’une gamme d’outils favorisant une compréhension détaillée du contexte naturel et culturel de son objet d’étude. Saviez-vous que le Québec compte aujourd’hui près de 10 000 sites archéologiques partagés entre les sociétés amérindienne, euro-québécoise et inuit dont le plus ancien remonte à 11 000 ans avant aujourd’hui.

La pratique de l’archéologie au Québec 

L’archéologie au Québec c’est …

…Une science au service de la communauté

L’occupation euro-québécoise est relativement récente, pourtant le Nord-Est américain est habité depuis des millénaires. Avant l’arrivée des colons européens au XVIe siècle, des groupes autochtones, nomades ou sédentaires, sillonnaient déjà ce territoire. Plus tard, les cultures française puis anglaise ont laissé des traces de leur présence. Aussi, chaque fois que l’on creuse ou que l’on excave le sol, risque-t-on de découvrir des preuves matérielles d’une occupation plus ou moins ancienne.

Les objets mis au jour sont des témoins précieux de notre préhistoire et de notre histoire. Il s’agit, en quelque sorte, des archives de la terre. En l’absence de documents écrits, ce matériel permet de reconstituer une époque; autrement, les découvertes archéologiques peuvent confirmer ou préciser notre connaissance du passé. Leur valeur réelle dépend de notre capacité à les interpréter.

À la rencontre de plusieurs disciplines scientifiques, l’archéologie vise à recréer les modes de vie des populations qui ont laissé des fragments de leur existence et, partant, à mieux expliquer les principes de changements socioculturels qui régissent les sociétés humaines. L’archéologie est un savoir contemporain capable d’établir des ponts entre le passé, le présent et l’avenir.

…Un professionnel responsable

L’Association des archéologues du Québec (AAQ) a été constituée afin de définir les standards de la profession. À cet égard, les membres font l’objet d’une sélection rigoureuse; leur compétence s’appuie sur une formation universitaire de haut niveau (maîtrise ou doctorat) et sur plusieurs années d’expérience. De plus, chacun doit observer un code de déontologie sévère fondé sur la responsabilité morale et professionnelle.

En confiant un mandat à un membre de l’AAQ, les clients sont assurés d’obtenir un service professionnel respectueux de la communauté ou du groupe touché par l’étude. À cause d’une ethique exemplaire et de la qualité de ses membres, l’AAQ est devenue l’interlocuteur privilégié pour tout ce qui regarde la question archéologique auprès des gouvernements et des organismes, privés ou publics, qui ont à coeur la saine gestion et la préservation de notre patrimoine collectif.

…Servir l’intérêt public

Le rôle de l’archéologue consiste à évaluer la présence et la valeur scientifique des vestiges mis au jour sur un site déterminé. Il n’est surtout pas mandaté pour empêcher ou retarder les mises en chantier. Lorsque l’inventaire et les sondages révèlent un potentiel archéologique élevé, il formule des recommendations quant à l’opportunité de réaliser des fouilles sur les lieux d’un projet. Il analyse ensuite le matériel obtenu dans le but de reconstituter les habitudes du groupe humain concerné.

Les résultats de telles démarches fournissent souvent des éléments inédits sur notre passé, historique ou préhistorique. Au même titre que les richesses naturelles, les découvertes archéologiques appartiennent à la collectivité. L’AAQ veille à la saine gestion et à la mise en valeur de ces ressources.

En outre, la mission des archéologues comporte un volet éducatif qui se traduit par la diffusion des connaissances auprès d’un public curieux.

Même s’ils agissent pour le compte d’individus, d’organismes ou de gouvernements, les archéologues demeurent au service du grand public. Leur intervention peut éviter des erreurs irréparables. La mise en valeur des découvertes archéologiques contribue à l’intérêt d’un site pour le distinguer des autres interventions. Certains promoteurs vont même jusqu’à harmoniser leur projet d’aménagement avec les pièces mises au jour sur le terrain où il se réalise.

…L’aménagement rationnel du territoire

La réglementation en matière d’aménagement du territoire québécois ne laisse guère de place à l’improvisation. La concertation entre les ministères, aussi bien qu’entre les divers paliers de gouvernement, exige des avis éclairés de tous les spécialistes impliqués dans la gestion territoriale.Grao 2

Qu’il s’agisse du nouveau tracé d’une route, de l’aménagement d’un bassin hydrographique, de l’implantation d’une industrie, de la construction d’un complexe immobilier ou de la mise en valeur d’un site historique, une évaluation archéologique bien menée contribue à la crédibilité de toute entreprise. Une intégration de l’expertise archéologique, au stade de conception d’un projet, contribue à créer un impact culturel et économique positif.

Dorénavant, les études d’impact doivent revêtir un caractère multidisciplinaire qui intègre le potentiel archéologique. À cet égard, tous les événements qui impliquent la modification des paysages ruraux et urbains constituent des lieux de convergence idéals pour illustrer l’utilité et les champs d’application du travail des archéologues.

La démarche archéologique au Québec 

Qui n’a pas déjà ressenti le besoin de se ressourcer, de renouer avec ses racines ou d’asseoir son identité sur les témoignages du passé. Les écrits, les lieux, les objets, les bâtiments demeurent les seuls liens qui nous rattachent à nos ancêtres et nous remémorent les femmes, les hommes et les peuples qui ont façonné l’histoire de notre pays.

Avec la Loi sur les Biens Culturels, la Loi sur l’Environnement et la Loi sur l’Aménagement et l’Urbanisme, le gouvernement a défini des règles pour conserver cet héritage collectif, en créant notamment l’obligation pour les promoteurs de prendre des mesures pour limiter l’impact négatif de projets sur les ressources patrimoniales. Il incombe par ailleurs à chaque citoyen de protéger la parcelle de patrimoine, qui se rattache au petit coin de pays lui appartenant ou dont il fait usage, et de développer dans son entourage les attitudes qui permettront aux générations futures de profiter de cet héritage .

Professionnels spécialisés en matière de patrimoine, particulièrement le patrimoine enfoui, qui constitue le seul héritage de la préhistoire et représente une partie importante de l’héritage historique, les archéologues collaborent avec les gouvernements et les citoyens à la découverte, à la protection et au développement du patrimoine. De concert avec divers partenaires des secteurs publics, para-publics et privés, ils ont développé au fil des années une approche permettant de protéger et de profiter des ressources archéologiques dans le respect des droits et obligations du citoyen à l’égard de l’héritage du passé.

Cette démarche, que soutient l’Association des Archéologues du Québec depuis plusieurs années, comporte trois étapes principales :
1) la planification

2) la protection et la sauvegarde des ressources et données archéologiques

3) l’exploitation ou l’utilisation profitable du patrimoine.

La planification

Parce que le patrimoine archéologique n’est pas renouvelable, qu’il est invisible, sinon difficilement reconnaissable par un non initié, sa conservation requiert une planification à long terme. Que ce soit pour des fins économiques (développement résidentiel, commercial, routes, infrastructures de services, parcs, etc…) ou de mise en valeur du patrimoine, tout projet de développement devrait, dès le départ, prévoir l’intégration ou la participation d’un archéologue afin d’identifier, bien avant le début des travaux, les ressources archéologiques existantes ou susceptibles de se retrouver dans l’espace touché par le projet et de déterminer les moyens les plus adéquats pour les conserver, tout en tirant avantage de leur présence.

A défaut de considérer la variable archéologique, plusieurs problèmes peuvent se présenter tels un ralentissement ou même l’interruption des travaux suite à la découverte de vestiges, des coûts supplémentaires pour procéder à des fouilles de sauvetage, la perte ou la destruction partielle de vestiges présentant un potentiel d’exploitation, etc…

Une bonne planification devrait s’effectuer en deux étapes, débutant par une étude de potentiel, suivie d’un inventaire.

L’étude de potentiel sert à établir ou identifier:

  • l’histoire du peuplement et du développement d’un lieu
  • les transformations physiques du lieu survenues au fil des âges
  • les ressources archéologiques potentielles, c’est-à-dire les sites et les vestiges préhistoriques ou historiques susceptibles de se   trouver dans le sol les mesures à prendre pour prévenir la perte ou la destruction partielle des ressources identifiées et en assurer la sauvegarde
  • la valeur et les intérêts particuliers que présentent les ressources à l’échelle locale, régionale ou nationale
  • les formes ou modes d’exploitation ou d’utilisation profitable de ces ressources.

Une étude de potentiel devrait être intégrée aux études préliminaires (faisabilité, impacts, etc…) reliées à la conception d’un projet de développement. Les villes, les municipalités et les MRC devraient même anticiper davantage et faire appel à un archéologue pour procéder à une étude de potentiel sur l’ensemble de leur territoire avant que les projets de développement ne surgissent. Une telle étude permettrait une importante économie d’échelle, en évitant de devoir réaliser des études ponctuelles pour chaque nouveau projet. Chaque municipalité devrait idéalement intégrer une étude de potentiel archéologique à son plan d’urbanisme.

Suite à l’étude de potentiel, l’étape suivante de la planification est celle de l’inventaire sur le terrain. Cette intervention ne peut être conduite efficacement que par un archéologue. Elle a pour but de :

  • vérifier la présence effective des ressources anticipées
  • déterminer leur localisation précise et leur état de conservation
  • définir la nature, l’importance et l’intérêt réel de ces ressources
  • établir un plan d’opération et un échéancier des travaux pour les protéger et en assurer la sauvegarde
  • évaluer les coûts de ces travaux

Au terme de la planification, les gestionnaires et les promoteurs ont ainsi en main toutes les informations nécessaires pour prévenir les risques de destruction et assurer la protection ou la sauvegarde des ressources archéologiques.

 La protection et la sauvegarde des ressources archéologiques

Rappelons au départ que l’absence de menace constitue la meilleure protection que l’on puisse offrir aux ressources archéologiques. Aussi, les modifications apportées à un projet de développement à l’étape de la conception, pour prévenir la perturbation ou la destruction d’une ressource connue ou potentielle, représentent-elles la meilleure assurance que ces ressources seront disponibles pour les générations futures. Elles constituent en même temps pour le promoteur une garantie que la variable archéologique ne posera pas de contraintes financières au moment de la réalisation.

Si des corrections ne peuvent être apportées et que le projet doit inévitablement prendre place à l’endroit où des ressources archéologiques ont été identifiées dans l’étude de potentiel ou l’inventaire, des mesures de mitigation s’imposent alors pour en assurer la protection. Selon l’importance et l’intérêt des ressources et suivant la nature des travaux et des perturbations envisagées, plusieurs types d’interventions, de durée plus ou moins longue, peuvent être effectuées.

Les fouilles d’échantillonnage visent à recueillir un échantillon des données archéologiques dans un espace déterminé. On effectuera alors des sondages de superficie restreinte à travers l’ensemble du site, habituellement selon une grille pré-établie, ou on fouillera certains espaces restreints du site archéologique jugés représentatifs de l’ensemble, d’après les relevés effectués lors de l’inventaire.

Les fouilles partielles ont pour objectif de récolter tous les vestiges et les données archéologiques disponibles dans une partie d’un site mieux conservée ou particulièrement significative. On procédera alors à des sondages plus étendus ou des fouilles en aire ouverte dans une partie substantielle du site.

Les fouilles exhaustives surviendront lorsque le site présente une importance majeure. On procédera à une fouille complète du site ou de sa partie située dans l’espace touché par les travaux.

La surveillance archéologique est réservée à certains cas très particuliers. Elle commande la présence permanente d’un archéologue pendant les travaux d’excavation réalisés dans ou en périphérie d’un site archéologique. Elle peut nécessiter des interruptions momentanées des activités pour permettre des vérifications et, éventuellement, un arrêt complet des travaux, de durée plus ou moins longue, pour procéder à la fouille. Parce qu’elle ne permet qu’une cueillette très fragmentaire des données archéologiques, la surveillance constitue finalement une mesure de dernier recours pour préserver le patrimoine enfoui.

 L’exploitation des ressources archéologiques

Une fois le patrimoine archéologique identifié et sa sauvegarde assurée, l’étape suivante de la démarche archéologique consiste à le faire connaître et le rendre accessible, par des méthodes de diffusion et de mise en valeur permettant à la population comme aux promoteurs d’en tirer le plus grand bénéfice possible.

Les travaux archéologiques sur le terrain peuvent déjà constituer en soi une première forme de mise en valeur du patrimoine archéologique, au moyen de communiqués ou des conférences de presse, de journées “portes-ouvertes”, de visites guidées des chantiers de fouille et des laboratoires, des fouilles ouvertes au public, etc…

L’analyse et l’interprétation des données recueillies dans le cadre de l’étude de potentiel, de l’inventaire et des fouilles peuvent par ailleurs donner lieu à des plaquettes ou brochures d’information, des publications sommaires, des présentations vidéo ou multimédia, des panneaux et des sentiers d’interprétation, une mise en valeur in situ légère, avec exposition de vestiges, panneaux explicatifs, etc…

Elles favorisent également l’élargissement du champ d’exploitation des ressources et le développement de formes de mise en valeur plus élaborées, touchant un public beaucoup plus vaste, telles que des publications (livres, articles), des cours de formation ou d’éducation en milieux populaire et scolaire, des expositions thématiques itinérantes ou permanentes, des reconstitutions historiques, des centres d’interprétation, des musées, etc…

A l’instar des intérêts ou de la curiosité de l’homme, les formes d’exploitation des ressources archéologiques sont pratiquement infinies. Les projets développés dans plusieurs régions du Québec depuis quelques années, prouvent que la mise en valeur du patrimoine archéologique contribue de manière significative à l’enrichissement culturel et économique de la collectivité.